⭕Introduction à la veille
L’élément marquant de janvier 2026 est la tension entre durcissement
réglementaire, contraintes économiques et maintien – voire réaffirmation
– d’un engagement sociétal assumé par une grande diversité
d’entreprises, des TPE aux structures de l’ESS, avec un déplacement
visible vers des actions très concrètes à impact local (emploi,
inclusion, qualité de vie au travail, transition écologique) plutôt que
vers la seule conformité RSE formelle.
Transformer les signaux faibles en choix structurants.
Une transformation profonde de l’engagement des entreprises françaises au service du bien commun.
1. Une normalisation culturelle de la RSE
Les données publiées fin 2025 confirment que l’engagement sociétal est
désormais intégré à la stratégie d’entreprise. Plus de 8 entreprises sur
10 déclarent mener des actions concrètes en matière sociale ou
environnementale, et 86 % des dirigeants affirment vouloir avoir un
impact positif sur la société. Fait notable : près d’un tiers se disent
prêts à arbitrer en défaveur d’objectifs financiers pour préserver leurs
engagements.
La RSE n’est donc plus seulement une contrainte
réglementaire ou un outil de communication : elle devient un élément
structurant de la gouvernance.
2. Une recomposition du cadre normatif
La simplification de la CSRD recentre les obligations de reporting sur les
grandes entreprises, tandis que les PME restent fortement concernées
par les obligations sociales (égalité professionnelle, transparence
salariale, QVCT).
Ce double mouvement crée un paysage à deux vitesses
:
- Les grands groupes doivent aligner stratégie, gouvernance et
reporting.
- Les PME disposent d’un espace d’innovation sociale, en
transformant les contraintes en leviers de dialogue social et
d’amélioration des conditions de travail.
Janvier 2026 marque ainsi
un basculement : moins de reporting formel pour certains, mais davantage
d’intégration concrète des enjeux sociaux.
3. L’ancrage local de l’engagement
L’engagement s’organise désormais à travers des plateformes et communautés hybrides
comme Les entreprises s’engagent, le concours La France s’engage, ou
encore les dispositifs régionaux tels que TS2E - Nous pourrions parler
également du « Made in Banlieue » de Aziz Senni .
Ces structures
jouent un rôle de « courtiers d’engagement » :
- mise en relation
entreprises / ESS / acteurs publics,
- diffusion d’outils
méthodologiques,
- accompagnement de projets locaux,
- changement
d’échelle des innovations.
L’engagement devient un écosystème organisé, et non plus une somme d’initiatives isolées.
4. L’hybridation avec l’ESS
L’économie sociale et solidaire apparaît comme un laboratoire d’innovations
d’intérêt général, mais avec une porosité croissante avec l’économie
classique.
Les modèles hybrides se multiplient : partenariats
PME–associations, financements mixtes, gouvernances participatives,
co-production de biens communs. On voit émerger une forme d’« économie
contributive » dépassant la philanthropie traditionnelle.
5. Le signal structurant : des “infrastructures d’engagement”
Le
signal faible majeur identifié est la montée en puissance
d’infrastructures hybrides à l’interface entre État, entreprises et ESS.
Ces plateformes facilitent l’action locale des PME en leur fournissant
outils, partenaires et reconnaissance.
Ce maillage discret mais
structurant pourrait transformer durablement la manière dont les
entreprises contribuent au bien commun : non plus par obligation isolée,
mais via des architectures collectives d’engagement.
⭕ Conclusion
Janvier 2026 apparaît comme un mois charnière.
La RSE devient une norme
culturelle intégrée aux arbitrages stratégiques, tandis que se dessine
une nouvelle phase : territorialisation, hybridation et co-gouvernance
de l’engagement.
L’enjeu des prochaines années ne sera plus
l’adhésion de principe, mais la capacité à :
- mesurer l’impact sans
étouffer l’innovation locale,
- éviter la polarisation entre grandes
entreprises visibles et petites structures invisibles,
- préserver un
espace d’expérimentation pour des pratiques pionnières.
Autrement dit : passer d’une RSE déclarative à une architecture contributive.
Thibault Le Carpentier
L’intégralité de la veille est accessible aux Membres du Cercle, sur simple demande à
ysassi@aol.com