Édito
28/11/2025
Banlieues, les mal aimées de l'entreprise ?
⭕ Entreprendre en banlieue : un levier d’avenir !
⭕ - Un état des lieux contrasté
Nous le savons bien, les « quartiers prioritaires » de la politique de la ville concentrent d’importantes fragilités économiques : chômage élevé, faible accès aux emplois qualifiés, mobilité sociale limitée.
Ajoutons que la présence limitée d’entreprises dans ces quartiers contraint leurs habitants à un exode quotidien vers les centres urbains : une aberration d’aménagement héritée d’une époque où l’on séparait artificiellement lieux de vie et lieux d’activité. Nous en payons aujourd’hui les conséquences.
Pourtant, un mouvement se dessine quant à l’amélioration de la qualité de vie des quartiers.
L’entrepreneuriat y progresse, porté par une génération qui souhaite créer sa propre trajectoire. Ces territoires comptent près de 250.000 entreprises, souvent invisibles mais résiliantes : trois quarts d’entre elles sont toujours en activité trois ans après leur création.
Les obstacles demeurent, accès au financement, réseaux professionnels, accompagnement stratégique, mais le potentiel existe, puissant, vivant, sous-estimé.
⭕ - Des mesures déjà engagées
Depuis quelques années, plusieurs initiatives publiques et privées ont commencé à renforcer cette dynamique. Des programmes d’accompagnement, des prêts dédiés, des incubateurs locaux et des tournées nationales comme “Entrepreneuriat pour Tous” ont permis d’améliorer l’accès à l’information et au financement.
Certaines collectivités soutiennent la création d’entreprises locales par des formations, des mises en relation ou des appels à projets ciblés. Les grandes entreprises, elles, commencent à intégrer les QPV (Quartiers prioritaires) dans leurs stratégies d’inclusion, via des recrutements, des partenariats ou des achats responsables. Mais l’échelle reste encore trop modeste au regard des besoins immenses.
⭕ - Quartiers d’Affaires : l’exemple inspirant d’Aziz Senni
C’est dans ce paysage qu’Aziz Senni, investisseur à impact, a créé Quartiers d’Affaires : le premier réseau national dédié à la croissance durable des entreprises implantées dans les QPV.
Son approche est concrète : structurer les TPE-PME, favoriser la montée en compétences, ouvrir des réseaux, attirer les investisseurs, créer des emplois locaux. Avec le Forum Économique des Banlieues, Aziz Senni a également donné une scène nationale à ces entrepreneurs, leur permettant d’être entendus, reconnus, valorisés.
Sa démarche prouve qu’avec méthode, solidarité et ambition, les quartiers peuvent devenir des moteurs économiques à part entière.
⭕ - La vision du Cercle Rouge
Au Cercle Rouge, nous défendons une conviction simple : l’entreprise ne doit pas seulement “donner de l’espoir”, elle doit contribuer à l’action. Œuvrer à l’intégration, à la formation, à l’information sur l’emploi, à l’éducation — voilà sa responsabilité essentielle. Les banlieues ne manquent ni de talents, ni d’énergie, ni d’idées. Elles manquent de relais, de connexions et de regards confiants.
L’exemple porté par Quartiers d’Affaires montre la voie : celle d’entreprises qui deviennent des actrices de cohésion, d’opportunités et de dignité.
C’est cette posture, fondée sur le temps long et la responsabilité partagée, que le Cercle invite chacun à adopter.
Nous en parlerons le 15 décembre prochain, lors de notre Petit Déjeuner / Débat, à la maison du Danemark.
Vous pouvez vous inscrire ! yves.sassi@gmail.com
Édito
24/11/2025
Aimez vos entreprises !
“L’entreprise a longtemps eu un visage. Peut-être faut-il simplement le lui rendre.”
L'entreprise dans notre société
On lui demande d’innover, de produire, de gagner de l’argent pour payer ses fournisseurs, les salaires et financer la solidarité nationale.
On lui demande maintenant de se justifier quand elle atteint ses objectifs et fait gagner de l’argent aux actionnaires qui ont pris le risque de croire en sa réussite et celle de ses fondateurs.
Entre ces deux exigences, quelque chose s’est perdu : la reconnaissance. La reconnaissance pour les sommes versées à l’État qui financent la solidarité (retraite, santé, éducation, sécurité…). Tous en déficit chroniques !
On demande aux entreprises de combler le déficit abyssale de l’État creusé depuis des décennies. Ce ne sont pas « les riches » qui ruinent le pays !
Il fut un temps on honorait les Boussac, Dassault, Ricard, Michelin, Peugeot, nos grands couturiers comme Yves Saint Laurent, Pierre Cardin, Cacharel. Les DD (Doré Doré) 1000 salariés, les Petits Bateaux qui fabriquaient leurs vêtements en maille vers Troyes à Fontaine-les-Grés…
Ils innovaient, créaient des industries, souvent participaient à la vie de leurs salariés en construisant des habitats, des centres sportifs, des écoles Michelin, des cités ouvrières Peugeot…
Si Bernard Arnault avaient été de ce siècle là, il aurait tous les honneurs dûs à sa réussite.
En France, les entreprises assurent 82% de l’emploi du secteur privé. En 2023, les revenus de l'État générés par l'impôt et les cotisations sociales étaient d'environ 394 milliards d'euros, soit 67 milliards de plus qu'en 2010 (sources https://fr.statista.com). Les PME et ETI représentent à elles seules 55% des exportations françaises. Autrement dit, sans l’entreprise, il n’y a ni État social, ni protection, ni souveraineté économique.
Mais une entreprise n’est pas un logo, ni un bilan.
C’est une œuvre humaine.
Elle naît d’une intuition, grandit d’une décision, traverse des crises, façonne des destins.
Elle entraine avec elle des équipes, des salariés qui souvent sont fiers de participer à la réussite de leur entreprise. Elle peut décevoir, faire de mauvais choix, on le sait bien.
Elle peut réparer également, elle peut transmettre un savoir, un savoir-faire, être un tremplin pour ses collaborateurs. Elle peut aussi prendre part à la société autrement que par ses résultats, dans la vie des quartiers, des villages des villes et évidemment du pays.
Alors pourquoi ce désamour ?
Jalousie, envie parfois, généralement pour des raisons partisanes et politiques, mais le plus souvent par incompréhension.
Une entreprise n’est pas une entité globale. Elle est composée d’autant d’éléments que de professionnels qu’elle emploie. Les fondateurs, bien entendu, les financiers, les comptables, directeurs du développement ou des relations humaines, du marketing et de la communication, des créateurs, techniciens ou artistes, designers ou architectes, des juristes des syndicalistes et chefs de services, techniciens de maintenance, logisticiens, chauffeurs, techniciens de surface ou de fabrication, sécurité et santé… et tous ces métiers d’artisans fondeurs, tourneurs, menuisiers, mécaniciens, spécialistes de l’entretien de machines outils.
Toutes ces personnes qui travaillent dans l’entreprise ou à l’extérieur comme les commerciaux, les réparateurs, les transporteurs… J’en oublie ils ne m’en voudront pas, la lecture de la liste deviendrait pesante.
Pourquoi je cite tous ces métiers, parce que nos jeunes, les enfants de nos salariés pensent que dans un magazine, il n’y a que des journalistes ou des imprimeurs, chez un fabricant de meubles, il n’y a que des menuisiers ou des vendeurs, dans une startup il n’y a que de jeunes informaticiens hyper géniaux ou des joueurs en ligne…
L’entreprise, une annexe de l’École ?
L’entreprise doit (devrait) accompagner les enfants de ses salariés en leur offrant des stages, des portes ouvertes, des journées de formation, d’accompagnement des équipes… pour leur montrer tous ce que l’entreprise peut leur proposer.
Les faire rêver, leur donner envie de devenir mécano ou designer ou financière, prévisionniste, économiste ou infirmier, infirmière ou dirigeante ou mathématicienne et data scientiste… C’est sans fin.
Voila le rôle, la mission de nos entreprises. Voila comment nous changerons l’image des métiers, des entreprises et donneront aux collaborateurs l’envie de participer à cette mission là, à. Nos jeunes de s’investir dans des métiers.
Parce que c’est l’entreprise qui mène le monde
Un lieu où se croisent des volontés, des doutes, les rencontres avec des gens de toutes origines
Voila comment nous changerons le monde. Parce que c’est l’entreprise qui mène le monde de l’économie.
Changer l’image de l’entreprise ne consiste pas à redorer sa réputation.
C’est accepter de la regarder pour ce qu’elle est vraiment :
un lieu où se croisent des volontés, des doutes, les rencontres avec des gens de toutes origines sociales et régionales.
Redonner un visage à l’entreprise, c’est rappeler que derrière chaque projet, il y a un regard, une voix, une intention, de la créativité. Des personnes et des équipes. Non pas pour humaniser artificiellement l’entreprise, mais pour lui rendre ce qu’on lui a retiré : la capacité d’assumer un sens.
Longtemps, on a pensé que l’entreprise n’avait qu’un devoir : générer de la valeur.
Au Cercle Rouge, nous voudrions lui en a donner d’autres : former, éduquer, protéger, inclure, réparer.
On voudrait qu’elle soit à la fois moteur économique, refuge social, acteur moral.
Financer et équilibrer
Mais une entreprise n’est pas un slogan. Ce n’est pas non plus une oeuvre humanitaire. Tous les services qu’elle apporte, elle doit les financer pour équilibrer ses comptes, rémunérer les salariés et également les actionnaires. Elle n’a pas à promettre un monde meilleur. Elle peut être juste, sobre, fidèle à ce qu’elle entreprend, à condition de ne pas se cacher derrière des chiffres inavouables, ni se travestir derrière des slogans.
Le vrai changement d’image ne viendra pas d’un discours, mais d’une posture.
Non pas s’excuser d’être une entreprise, ni de gagner de l’argent
mais affirmer ce qu’elle peut réaliser, réellement :
Respecter ses clients
Transmettre une culture,
Offrir un cadre où l'on grandit,
Assumer des choix, même quand ils ne plaisent pas.
Car une entreprise n’est pas responsable de tout. Notamment des déficits abyssaux des budgets de l’État.
L’État doit se délester de tous ses privilèges, de tous ces services qui s’empilent autour d’une seule opération, inspecteurs, commissions de suivi, contrôleurs…On cumule les impôts pour financer les équipes qui vérifient le paiement des impôts avec lesquels ils sont rémunérés.
Conclusion ? Aimons nos entreprises !
Si l’entreprise souffre d’image, c’est peut-être aussi parce qu’on ne parle d’elle que lorsqu’elle échoue. Grèves, fermetures, plans sociaux... comme si son existence se résumait à ses crises.
Mais la plupart des entreprises ne font pas la une. Elles construisent en silence.
Elles inventent, forment, emploient, réparent parfois. Elles font grandir des femmes et des hommes, sans autre promesse que celle d’un chemin à partager.
Il faudra un jour que les médias, les institutions, et peut-être chacun d’entre nous, acceptent de changer de focale :
— raconter les réussites,
— accompagner les audaces,
— reconnaître que la prospérité n’est pas un péché, mais une responsabilité assumée.
Car la réussite de l’entreprise n’est pas l’exhibition d’un triomphe.
C’est le moyen concret d’offrir à une société le progrès, la transmission, la vie en communauté et parfois même, les conditions d’éduquer nos enfants.
Changer l’image de l’entreprise, ce n’est pas lui fabriquer une légende.
C’est lui rendre sa dignité.
Et si, au lieu de demander à l’entreprise de tout réparer,
nous commencions par la regarder pour ce qu’elle peut apporter ?
Version courte — Post LinkedIn
On parle de l’entreprise quand elle ferme, rarement quand elle construit.
Crises, conflits, plans sociaux… L’entreprise n’apparaît souvent qu’au moment où elle vacille.
Pourtant, la majorité d’entre elles ne font pas la une : elles inventent, forment, emploient — en silence.
Il est temps de changer l’image de l’entreprise.
Non pas pour l’absoudre, mais pour la regarder en face :
comme un lieu de responsabilité, de transmission, parfois même de progrès humain.
La réussite n’est pas un triomphe à cacher.
C’est un engagement à assumer.
Édito
10/10/2025
Gen Z x Seniors
Et si leur alliance devenait un avantage compétitif ?
Un débat incontournable, rendu indispensable
Avec :
Philippine Dolbeau
Tony Infantino
1 - État des lieux & mentalités
On oppose souvent Gen Z (agile, digitale, quête de sens) et seniors (expérience, fiabilité, mémoire des métiers).
En réalité, les entreprises qui performent transforment cette différence en complémentarité : curiosité + recul, vitesse + méthode, outils + jugement.
Les Freins persistants ? Des mentalités encrées : stéréotypes d’âge, soupçon d’“âgisme” ou de “jeunisme”, malentendus sur le rythme (immédiateté vs temps long) et sur les codes (écrit/oral, présentiel/hybride). Le coût salarial mal maîtrisé.
2 - Les mentalités évoluent (France & Europe)
- France.
La collaboration progresse mais reste inégale selon les secteurs : l’industrie et les services structurés lancent du reverse mentoring (mentorat inversé), quand d’autres restent très “générationnels”. On voit néanmoins plus de binômes projet et de transmissions formalisées en fin de carrière. Une évolution sans doute trop lente, mais réelle.
- Danemark.
Une culture établie de confiance et formation tout au long de la vie : équipes peu hiérarchisées, reverse mentoring (mentorat inversé) sur le numérique et tutorat métier ; aménagements de fin de carrière et hybride “raisonnable”. La coopération GenZ/Seniors y est traitée comme un investissement collectif, plus que comme un dispositif RH.
- Allemagne.
Culture plus installée du temps long et de la qualification continue : équipes naturellement intergénérationnelles dans l’industrie et le Mittelstand (équivalent PME), la coopération est pensée comme un standard opérationnel.
Pays-Bas. Forte appétence pour l’hybride et l’aménagement des fins de carrière (temps partiel, tutorat), qui rend la passerelle Gen Z / Seniors plus fluide au quotidien.
3 - États-Unis (Tech) : où en est-on ?
Image contrastée :
- Grandes Tech : forte culture de formation interne, de requalification interne et de pairing (binômes) sur projets complexes (sécurité, data, infra). On y voit des équipes mixtes d’âge quand la « criticité » est élevée.
- Startups : parfois plus jeunes et rapides, donc plus exposées aux biais d’âge. Mais l’IA accélère un mouvement intéressant : les juniors coachent les usages IA, pendant que des profils expérimentés cadrent les risques, gèrent l’éthique et la mise en production. Une culture que nous n’avons pas encore bien comprise.
4 - Avantages (et points de vigilance)
Ce que l’alliance apporte :
- Décisions meilleures : la vitesse des uns + la profondeur des autres.
- Transmission réelle : savoir tacite documenté et répliqué.
- Adoption IA accélérée : usage par la Gen Z, cadrage par les seniors.
- Engagement : chacun a un rôle clair dans la réussite commune.
- Résilience : la diversité d’âges apporte la diversité de solutions en crise.
À surveiller :
- Symbolique de statut (mentor/coach) : clarifier les rôles et la reconnaissance.
- Rythmes & outils : former, standardiser quelques pratiques, accepter les évolutions.
- Tokenisme : ne pas utiliser les binômes juste pour la photo Instagram, mais créer véritables objectifs communs.
- Évaluations : mesurer les gestes relationnels (mentorat, coordination).
N’oublions pas que l’évaluation est une notion trop oubliée en France. Chez nous elle se fait essentiellement par le ROI.
5 - Conclusion
La collaboration Gen Z x Seniors n’est pas un slogan RH : c’est une architecture de performance. Là où elle est pensée, les organisations vont plus vite… sans casser la confiance.
On en débat le 17 octobre (9h) à la Maison du Danemark – Le Cercle Rouge
Thème : Relations humaines dans l’entreprise — faire travailler ensemble jeunes générations, seniors & IA
Inscription : yves.sassi@gmail.com