⭕ Synthèse du Petit Déjeuner du 24 mars 2026

Le paradoxe de la Data

Publié le 24/03/2026 | Par Yves Sassi
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 À l’heure où tout semble mesurable, quantifiable, analysable, une question demeure : comment décider justement ?

Comme le rappelait Hannah Arendt, penser, c’est refuser les automatismes pour exercer son jugement.
 Or, dans un monde saturé de données, ce jugement est plus que jamais mis à l’épreuve.

C’est autour de cette tension que le Cercle  a réuni, le 24 mars, un groupe de dirigeants et d’experts, à l’invitation de Philippe Le Magueresse, ancien Directeur Général d’OpinionWay. 

Nous avions autour de nous également Olivier Mazuel, expert et spécialiste data - Thomas Barroca, Directeur Data & connaissance Client chez SNCF - Renaud de Beaucorps, dirigeant de OKTOS, Consultant en solutions de Data Marketing - Laura Belconde, fondatrice de THEGOODBOSS - Lukas Lapidus et Théo Hacot, dirigeants de Merci Jérôme - Yves Mimeran, spécialiste Data et digital - Franck & Nelson Paterne, dirigeants Fondateurs de Data-B 

Ainsi que Solenn Thomas et Efeida Ghaleb qui ont réintroduit l‘humain dans la chaine d’analyse des Data et de la décision.

⭕ Trop de données, pas assez de clarté

Les entreprises n’ont jamais eu accès à autant d’informations : données clients, indicateurs opérationnels, signaux digitaux, retours d’expérience.
Et pourtant, loin de simplifier la décision, cette abondance la rend plus complexe.
Les décideurs sont confrontés à :
- une multiplication des sources,
- des organisations encore largement en silos,
- une accélération constante du temps.

La donnée éclaire… mais elle fragmente aussi la perception du réel.

Les illusions de la simplification
Face à cette complexité, certaines réponses se sont imposées.
Réduire la réalité à un indicateur unique.
 Automatiser la décision par la technologie.
Multiplier les outils d’analyse.

Mais ces approches ont un point commun : elles simplifient le réel, parfois jusqu’à le déformer.
Or, comme le soulignait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».
À l’échelle de l’entreprise, mal interpréter les données revient souvent à mal décider.
Les données sont partielles.
 Les modèles simplifient.
 L’incertitude, elle, demeure.

Le retour du jugement
Dans ce contexte, la décision ne peut plus être le produit d’un calcul.
Elle redevient un acte de jugement.

Un jugement qui suppose :
- d’accepter de ne pas tout maîtriser,
- de confronter les points de vue,
- de décider dans un environnement fondamentalement incertain.
Le mythe du décideur omniscient s’efface au profit d’une intelligence plus collective.

Vers une nouvelle organisation de la décision
Plusieurs pistes ont émergé au cours des échanges :
- rapprocher la décision du terrain,
- croiser les données plutôt que les accumuler,
- passer d’une logique de stock à une logique de flux,
- piloter avec des indicateurs complémentaires plutôt qu’un indicateur unique.

La décision devient alors un processus vivant :
observer, ajuster, expérimenter.

⭕ L’humain, condition de la justesse
Au-delà des outils, les échanges ont rappelé une évidence :
la qualité de la décision dépend d’abord de l’humain.
Capacité à prendre du recul.
 À interpréter.
 À résister à la surcharge cognitive.
Dans un environnement saturé d’informations, ralentir devient parfois une condition pour mieux décider.

⭕ Une responsabilité élargie
Enfin, la question de la décision dépasse l’entreprise elle-même.
En diffusant la capacité de décider au sein des organisations,
l’entreprise forme des individus plus autonomes, plus responsables, et plus engagés.
Elle participe, à sa manière, à l’apprentissage du jugement.

Nous ne cherchons pas des réponses.
 Nous cherchons de la justesse.
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