⭕ Nous avons le sentiment que tout s’accélère
Les décisions doivent être prises plus vite.
Les métiers évoluent en permanence.
Les outils se succèdent sans cesse.
Pourtant, malgré ces gains de vitesse, une impression persiste :
nous manquons de temps.
Ce paradoxe n’est pas anodin. Il dit quelque chose de profond sur notre époque.
Dans les entreprises, cette accélération se traduit par une pression constante :
- Produire plus,
- Répondre plus vite, s’adapter en continu.
Mais à force d’aller plus vite, une question se pose : comprenons-nous encore ce que nous faisons ?
Car décider ne consiste pas seulement à arbitrer rapidement.
Décider suppose de prendre du recul, de relier les informations, de donner du sens.
Or, l’accélération fragilise cette capacité.`
On en observe aujourd’hui les effets dans certains grands groupes industriels, confrontés à une multiplication des enjeux simultanés : rappels de véhicules, pression concurrentielle, recomposition des marchés.
Sellantis comme d’autres groupes automobiles rappelle des centaines de milliers de véhicules. L'entreprise Franco-italo-américaine sont le siège est aux Pays-Bas, se voit contrainte d’étudier un projet d'usine au Canada pour faire de l’assemblage de véhicules… pour une marque concurrente... chinoise !
Pourquoi ces choix ?
À mesure que les organisations s’étendent et se complexifient, la vision stratégique peut s’effacer au profit d’une gestion fragmentée du quotidien.
L’urgence devient la règle, et la cohérence d’ensemble plus difficile à maintenir.
À une autre échelle, les PME et les startups ne sont pas épargnées : pression des levées de fonds, croissance accélérée, choix stratégiques en fonction des Ebitda trimestriels et donc pivots successifs… là aussi, le temps de la réflexion se réduit au profit de l’exécution.
Le travail sous tensionDans de nombreuses organisations, le temps long disparaît au profit de l’urgence.
Les projets s’enchaînent, (rappelons que 74% des projets en entreprise sont des échecs) les priorités se multiplient, les outils promettent de simplifier… mais ajoutent souvent de la complexité.
Le risque est alors double :une perte de discernement dans la décision
et une forme de fatigue silencieuse, liée à la saturation permanente. Motivation en berne, attentisme, peur des volte face des décideurs...
Former dans un monde instableCette accélération a également un impact direct sur la formation des jeunes.
Nous continuons à transmettre des savoirs et des méthodes…
dans un monde où les repères évoluent à grande vitesse.
Les métiers changent plus vite que les formations.
Les compétences deviennent rapidement obsolètes.
Dès lors, une question essentielle émerge :
⭕ Faut-il former à des métiers… ou à la capacité d’apprendre, de comprendre et de s’adapter ?Plus encore, les jeunes ne manquent pas d’informations.
Ils manquent souvent de repères pour interpréter le réel.
Retrouver le temps de comprendre
Face à cette accélération, l’enjeu n’est pas de ralentir artificiellement.
Il est de retrouver une juste relation au temps.
Prendre le temps de comprendre avant d’agir.
Prendre le temps de questionner avant de décider.
Prendre le temps de relier avant de trancher.
C’est peut-être là que se joue, aujourd’hui, la qualité de nos décisions.
Pour mieux comprendre "l'évolution du temps" nous vous proposons de lire l'article que nous avons publié dans la rubrique "Société"
accessible ici. Il présente les travaux du philosophe et sociologue allemand
Hartmut Rosa.Très réputé en Allemagne et dans les pays anglo-saxons.