Les informations sont incomplètes. Les avis divergent. Les conséquences sont parfois difficiles à mesurer. Et pourtant, il faut avancer.
⭕ La tentation est alors double : décider trop vite pour sortir de l’incertitude, ou attendre trop longtemps dans l’espoir qu’une certitude finira par apparaître.
Mais la certitude absolue existe rarement.
La vraie question devient donc :
À quel moment en savons-nous suffisamment pour décider ?
Avant la réponse, la question (érotétique)
Avant de chercher la bonne réponse, encore faut-il avoir posé la bonne question.
Une décision mal préparée n’est pas toujours le résultat d’un manque d’informations. Elle peut provenir d’une question mal formulée.
« Comment réduire nos coûts ? » n’ouvre pas les mêmes perspectives que :
« Comment rendre notre organisation plus efficace sans fragiliser ce qui crée sa valeur ? »
« Faut-il remplacer cette équipe ? » n’est pas la même question que :
« Pourquoi cette équipe ne parvient-elle plus à fonctionner correctement ? »
Changer la question peut changer toute la décision. Et parfois éviter de résoudre… le mauvais problème.
La bonne question, mais aussi au bon moment
Il faut ajouter une autre dimension :
le temps.
Nos organisations valorisent la rapidité. Réagir vite, arbitrer vite, répondre vite est souvent présenté comme une qualité managériale.
Mais la vitesse n’est pas toujours synonyme d’efficacité.
Certaines décisions exigent quelques heures.
D’autres quelques semaines.
Certaines mériteraient peut-être plusieurs mois de réflexion.
Le temps long n’est pas l’ennemi de la décision.
Il peut permettre d’observer les conséquences possibles, de faire émerger les objections, de consulter ceux qui seront concernés et, surtout, de laisser apparaître ce que l’urgence rend invisible.
Mais l’inverse est également vrai.
Attendre trop longtemps peut aggraver une situation.
Différer une décision est parfois une décision en soi.
La difficulté du dirigeant consiste donc moins à choisir entre vitesse et lenteur qu’à trouver le bon tempo.
La bonne question, au bon moment.
De combien d’informations avons-nous réellement besoin ?
Toutes les décisions ne réclament pas le même niveau de certitude.
Une décision facilement réversible peut être prise avec une information partielle.
Une décision qui engage durablement l’entreprise, ses collaborateurs ou son avenir financier exige naturellement davantage de précautions.
Le dirigeant devrait peut-être se poser trois questions simples :
- Que sais-je réellement ?
- Qu’est-ce que je suppose ?
- Qu’est-ce qu’il est indispensable de savoir avant de trancher ?
L’IA, nouvel outil de préparation de la décision ?
L’intelligence artificielle ajoute aujourd’hui une dimension nouvelle.
Elle peut rassembler des informations, synthétiser des documents, comparer différents scénarios, repérer des contradictions ou confronter une hypothèse à des arguments opposés.
Mais son intérêt le plus précieux est peut-être ailleurs.
⭕ L’IA peut devenir un outil de questionnement.Pourquoi ne pas lui demander :
- Quels éléments manquent encore à mon raisonnement ?
- Quelles hypothèses ai-je considérées comme certaines alors qu’elles ne le sont pas ?
-
Quels arguments sérieux pourraient contredire la décision envisagée ?
-
Quelles informations nouvelles pourraient me conduire à changer d’avis ?
-
Quels sont les risques de décider maintenant ? Et ceux d’attendre ?
Autrement dit, utiliser l’intelligence artificielle non pour supprimer le doute, mais pour mieux l’organiser.
Voilà peut-être l’une des évolutions les plus intéressantes de l’aide à la décision.
Peut-on demander à l’IA : « Est-ce suffisant pour décider ? »
Oui, en partie.
Elle peut nous aider à identifier les zones d’incertitude, les données manquantes ou les incohérences d’un dossier.
Elle peut nous dire : « Voici ce que vous ne savez pas encore. »
Mais elle ne peut pas décider à notre place si ce manque est acceptable.
Car toute décision contient une dimension que la machine ne porte pas : la responsabilité.
Lire également notre article : «
Former les dirigeants à mieux utiliser l’IA »