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Adhérer

⭕️ La jeunesse se révolte.

Mais contre quoi, au juste ?

Publié le 16/10/2026 | Par Yves Sassi
⭕️ La jeunesse se révolte.
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Un peu d'histoire...

⭕️ De la Commune de Paris à Mai 68, des crises de la IIIe République aux manifestations d'aujourd'hui, l'histoire nous rappelle que la contestation n'est pas nouvelle. Mais que nous dit-elle de notre société et de l'avenir que nous proposons aux jeunes générations ?*

Une colère qui mérite d'être comprise

Depuis plusieurs semaines, une partie de la jeunesse française manifeste son mécontentement.

Manque d'enseignants, conditions d'apprentissage, inégalités entre établissements, inquiétudes liées à l'orientation… Les revendications concernent d'abord l'école.

Mais derrière ces préoccupations concrètes apparaît une interrogation plus profonde : quelle place notre société réserve-t-elle à sa jeunesse ? 
Et quel avenir lui propose-t-elle ?

Il serait tentant de réduire cette contestation aux violences qui accompagnent certains rassemblements. Ce serait une erreur. Ces débordements, condamnables, ne doivent pas masquer les aspirations de ceux qui manifestent pacifiquement, ni faire oublier tous ces jeunes qui étudient, travaillent, entreprennent et s'engagent.

Faut-il y voir les prémices d'une crise plus profonde ?

L'histoire nous invite à prendre du recul.


La France a déjà connu ces moments de rupture

En 1871, la Commune de Paris. La France vient de subir une défaite militaire humiliante. Le pays est profondément divisé. Une partie de la population parisienne se soulève contre le pouvoir politique. L'insurrection se termine dans le sang.
Mais la défiance ne s'arrête pas là.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, la IIIe République traverse une succession de crises.

Le scandale de Panama (1892) révèle des affaires de corruption impliquant des responsables politiques. L'affaire Dreyfus (1894-1906) déchire la nation autour de la justice, de l'armée et des valeurs républicaines.

Suivent le scandale financier Rochette (1908) et l'affaire Caillaux (1914), mêlant argent, pouvoir, presse et affrontements politiques.

Les Français doutent de leurs dirigeants. Les institutions sont contestées. Puis la Première Guerre mondiale plonge le pays dans une tragédie humaine sans précédent.

Dans les années 1930, la crise économique mondiale, le chômage et les scandales politiques ravivent les tensions. Le 6 février 1934, de violentes manifestations à Paris provoquent une crise majeure.

Puis vient Mai 1968.


Cette fois, la révolte part des universités, gagne les entreprises et entraîne des millions de salariés dans la grève.

Pourtant, la France connaît alors une période de forte croissance.

Les étudiants ne réclament pas seulement de meilleures conditions d'études. Ils contestent l'autorité, les hiérarchies et une certaine conception de la société.

Plus près de nous, les émeutes des banlieues de 2005, puis celles de 2023, rappellent combien les fractures sociales et territoriales peuvent nourrir de profondes colères.

Ces crises sont différentes. Leurs causes et leurs conséquences ne se confondent pas.

Mais toutes nous enseignent une chose : la confiance entre les citoyens et leurs institutions n'est jamais définitivement acquise.

Et notre histoire nous rappelle également que la France a su surmonter des crises autrement plus graves, retrouver des équilibres et poursuivre son chemin.

Voilà qui devrait nous encourager à réfléchir plutôt qu'à désespérer.

Et l'école dans tout cela ?


Nous sommes-nous suffisamment interrogés sur sa mission ?

Nous lui demandons de transmettre les connaissances, de former des citoyens, de réduire les inégalités, de préparer à l'emploi et parfois même de réparer les fractures de notre société.

Mais savons-nous clairement ce que nous attendons d'elle ?

Les dépenses globales d'éducation n'ont pas connu de diminution drastique au cours des dernières décennies. Pourtant, les difficultés sont réelles : résultats scolaires préoccupants, inégalités persistantes, manque d'enseignants dans certains établissements, orientation souvent vécue comme une sélection plutôt que comme une promesse.

À force de réformer l'école, nous sommes-nous suffisamment interrogés sur sa mission ?

Apprendre à lire, écrire, compter, raisonner. Mais aussi transmettre une culture commune, comprendre notre histoire, développer l'esprit critique et apprendre à vivre ensemble.

Et l'autorité ? 

L'autorité ne se résume pas à l'obéissance. Elle repose aussi sur la confiance.

Il ne s'agit pas de restaurer aveuglément celle d'autrefois, mais de retrouver une autorité reconnue, parce qu'elle est juste, cohérente et exemplaire.
La famille a changé, les méthodes de transmission se sont transformées, les réseaux sociaux occupent une place considérable. Dans certains territoires, les difficultés économiques et les inégalités sociales compliquent encore l'accès aux opportunités. L'intelligence artificielle perturbe nos certitudes, quelque soit notre formation, nos métiers, nos études, notre age.

S'y ajoutent les guerres, les incertitudes économiques et le réchauffement climatique.

Comment envisager sereinement son avenir lorsque le monde lui-même semble hésiter sur sa direction ?

Pourtant, gardons-nous de décrire toute une génération comme désespérée. Selon le Baromètre jeunesse 2025, 69 % des 15-30 ans se déclaraient confiants dans leur propre avenir à trois ans.

Un paradoxe qui mérite réflexion.

Et si notre jeunesse conservait confiance dans ses capacités individuelles, tout en doutant de notre capacité collective à construire une société désirable ?

Nous avons beaucoup parlé de réussite personnelle, de compétition et de performance. Peut-être moins de solidarité, de transmission et de destin partagé.

La confiance politique s'affaiblit. Partout ?


Selon le baromètre du CEVIPOF publié en février 2026, seuls15 % des Français déclaraient faire confiance aux partis politiques.

En revanche, 60 % accordaient leur confiance aux maires.

Ce contraste est révélateur.

Les citoyens semblent davantage faire confiance à ceux qui connaissent leur territoire et leur vie quotidienne.

Maires, élus locaux, associations, enseignants, acteurs économiques : tous disposent d'une connaissance du terrain et d'une capacité d'action qui peuvent contribuer à reconstruire la confiance.

Nous ne pouvons donc pas confier notre avenir exclusivement aux responsables politiques nationaux. 

Notre tradition de centralisation ne nous éloigne-t-elle pas parfois des réalités du terrain ? 
Et si une plus grande autonomie locale permettait de mieux décider, de mieux agir et de mieux utiliser nos ressources collectives ?
L'avenir du pays ne se décidera pas uniquement dans les ministères. Il se construira aussi dans nos villes, nos quartiers, nos écoles et nos entreprises.

Et maintenant ?


Autrefois, la famille, l'école, l'armée pour une partie de la population, puis l'entreprise contribuaient à transmettre des repères et un sentiment d'appartenance.

Ces institutions se sont transformées. De nouveaux espaces de socialisation sont apparus. Mais permettent-ils toujours de construire un projet commun ?

L'histoire nous rappelle que la contestation n'est pas nécessairement le signe d'une société qui s'effondre. Elle peut aussi exprimer une volonté de changement. Elle a souvent été l’origine d’un progrès sociaux.

Notre jeunesse n'est ni uniforme, ni unanimement révoltée. Elle est diverse, parfois inquiète, mais aussi inventive, généreuse et capable d'engagement.

⭕️ Ne lui demandons pas seulement de s'adapter au monde que nous lui transmettons.
⭕️ Donnons-lui les moyens de contribuer au monde tel qu'il pourrait devenir.

Et si c'était là le véritable projet autour duquel nous pourrions nous retrouver ?

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À suivre dans notre prochain article : 
« Une génération qui a beaucoup à nous apprendre  »

Comment l'école, les collectivités, les associations et les entreprises peuvent-elles contribuer, ensemble, à construire un avenir qui donne envie aux jeunes générations de s'engager ?
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